Dans le sillage du capitaine de Lapérouse

À l'initiative de la Ville d'Albi, le film «Au-delà d’un naufrage» sera présenté le 14 novembre à 17h au Grand Théâtre en présence de Vincent Campredon, commissaire général de la Marine et directeur du musée national de la Marine, et d'Yves Bourgeois, réalisateur du documentaire. La projection sera suivie d’un échange.
Dans le sillage du capitaine de Lapérouse
Stéphanie Guiraud-Chaumeil, Maire d'Albi et Présidente de la communauté d'agglomération de l'Albigeois ainsi que Le Conseil Municipal ont le plaisir de vous inviter à la projection-échanges autour du film "Au-delà d'un naufrage".
En présence de :
  • Vincent CAMPREDON, Commissaire général de la Marine, Directeur du musée national de la Marine.
  • Yves BOURGEOIS, Producteur-Réalisateur.
Dimanche 14 novembre 2021, à 17h au Grand Théâtre des Cordeliers, Place de l'amitié entre les peuples, Albi.
 
Inscription gratuite sur réservation auprès de la mairie : relations.publiques@mairie-albi.fr ou 05 63 49 11 07. Passe sanitaire obligatoire.
 

«Sur les traces de Lapérouse»

Le réalisateur Yves Bourgeois, auteur de plusieurs documentaires sur les expéditions consacrées au naufrage de Lapérouse, a réalisé pour Thalassa en 2017 le film "Au-delà d'un naufrage". Une belle invitation à redécouvrir le navigateur albigeois et à embarquer pour un voyage au bout du monde.
 
 
 
 
Quelle est l'origine de votre passion pour Lapérouse... Comment avez-vous croisé sa route ?
 
«Ma rencontre avec Lapérouse est étroitement liée à celle d'Alain Conan. En1996,je tournais un film en Nouvelle-Calédonie sur l'aventure du nickel,qui a contribué au XIXe siècle à la prospérité économique de l'archipel.
 
À travers ce reportage, je revenais un peu sur les traces de ma famille d'armateurs nantais qui participa à cette page d'histoire de la marine marchande. C'était l'époque des grands voiliers cap-horniers qui partaient chercher à l'autre bout du monde les matières premières – guano, nitrates et nickel...
 
 
C'est à cette occasion que j'ai découvert l'histoire du plus grand navire à voile jamais construit, le France II, qui avait fait naufrage alors qu'il partait chercher un chargement de minerai.
 
Pour les besoins du tournage, j'avais besoin d'une équipe composée de plongeurs expérimentés.
 
Ce fut l'origine de ma rencontre avec Alain Conan ; il connaissait très bien l'île et les nombreuses épaves qui s'y trouvent. Très naturellement, il m'a raconté sa passion personnelle pour le Capitaine de Lapérouse... »
 
Expedition Lapérouse 2005
 
Et cette passion a été contagieuse...
 
«Alain m'avait fait part de sa conviction que des marins avaient pu survivre au naufrage. Pour le prouver, il voulait chercher des traces d'un éventuel camp sur l'île de Vanikoro et m'avait proposé de l'accompagner dans ses prochaines expéditions.
 
Lui et ses compagnons de l'Association Salomon, qu'il a créée à cet effet, en avaient déjà effectuées quatre et rêvaient de retourner sur place pour poursuivre les fouilles.
En 1999, j'ai reçu un appel téléphonique d'Alain qui m'annonçait qu'il avait obtenu l'autorisation de repartir. Comme je travaillais depuis longtemps avec Georges Pernoud, le producteur de l'émission Thalassa, j'ai tenté de le convaincre de l'intérêt d'y aller.
 
Nous n'avions aucune garantie de trouver quelque chose sur l'île ; le tournage, à l'autre bout du monde, allait coûter très cher et les conditions de travail sur ce morceau de terre au climat tropical hostile promettaient d'être difficiles...Georges m'a donné malgré tout son feu vert et nous avons pu partir avec, entre autres, l'aide de la Marine nationale et de l'association  Salomon présidée par Alain Conan qui assumait l'organisation de cette campagne de fouilles.
 
 
Après 35 jours sur place, nous sommes rentrés en criant victoire : des membres des équipages de l'expédition Lapérouse avaient bel et bien survécu et installé un camp de fortune ! Nous sommes repartis à Vanikoro en 2003 puis en 2005 et une dernière fois en 2008.
 
Chaque expédition a donné lieu à de belles découvertes et à un film. Aujourd'hui, mon rêve serait de voir cette enquête se poursuivre avec autant d'énergie et de moyens... même si aujourd'hui encore, elle ne s'est jamais totalement arrêtée, et continue de nous animer ! »
 
 
Le mystère n'a-t-il pas été élucidé ?
 
«Les découvertes faites sur place ont évidemment permis de disposer de plus de soutiens et de moyens matériels. En 2003, nous avions découvert un squelette, ce qui a relancé l'engouement pour Lapérouse. Au cours de ces expéditions, nous avons pu également répondre à beaucoup de questions, à commencer par l'identification des deux épaves grâce à la découverte d'un sextant.
De nombreux objets provenant notamment de la Boussole et enfouis sous plusieurs mètres de sédiment ont été remontés à la surface.
 
 
Pour autant, il reste encore bien des mystères.
 
Que sont devenus, par exemple, les 440 tonneaux de marchandises de l'Astrolabe ? Ils n'ont pas pu disparaître sans laisser de traces ! Contrairement à James Cook, qui avait réalisé trois voyages autour du monde, et dont les navires étaient rentrés,... certes sans leur capitaine assassiné lors du troisième périple.
C'est la raison pour laquelle, Monsieur de Lapérouse et son aventure sont loin d'avoir livré tous leurs secrets. En cela, la magie opère toujours.»
 
 
En quoi l'expédition Lapérouse mérite-t-elle d'être connue aujourd'hui ?
 
« Il faut déjà la replacer dans son contexte en comprenant ce qu'elle a représenté à l'époque. Elle était in-croyablement audacieuse. maginez LouisXVI décidant de lancer secrètement cette expédition pacifique, stratégique et très risquée, qui allait embarquer pour plusieurs années sur deux navires l'élite scientifique française !
 
C'est comme si le président de la République aujourd'hui réunissait les meilleurs spécialistes et les envoyait en mission sur Mars à bord d'une navette...
On comprend que Jules Verne se soit inspiré des récits de l'expédition Lapérouse pour écrire L'île mystérieuse !
 
 
La soirée organisée le 14 novembre prochain a pour ambition d'embarquer les Albigeois dans cette aventure. Le film qu'ils découvriront est une bonne synthèse de ce que l'on sait aujourd'hui, dans le sens il retrace les vingt ans de recherches à Vanikoro et constitue une rétrospective des quatre dernières expéditions.
 
Ce reportage est également un hommage à Alain Conan, disparu en 2017 dans un accident de plongée au large de Nouméa. Il me tient aussi à cœur car j'ai dû le réaliser spécialement pour l'émission Thalassa présentée pour la dernière fois par Georges Pernoud, et qui nous a quittés il y a quelques mois.»
 
 
Que pensez-vous du projet d'un lieu dédié à Lapérouse à Albi?
 
«L'idée est enthousiasmante et je suis heureux de participer à la réflexion sur ce projet.
La Ville d'Albi a l'occasion de réaliser un espace de découverte grand public qui retrace d'abord l'expédition, honore la mémoire de Lapérouse et de ses équipages, mais véhicule aussi ses valeurs.
 
Son histoire sera prétexte à aborder de nombreux sujets d'actualité à la lumière des sciences.
En cela, l'aventure continue ; nous avons beaucoup encore à apprendre.
Les documents ne manquent pas ; les archives nationales possèdent les journaux de bord de Lapérouse et de nombreux documents relatifs à l'expédition.
Sans oublier les travaux d'éclairage considérables que nous devons à l'association Salomon, et les quelque 6 000 à 7 000 objets retrouvés sur place qui continuent de parler.
 
Aux Albigeois de se réapproprier ce patrimoine et le partager. »
 
Expedition Lapérouse 1999
 
Publié le 11.11.2021
 
 

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