Ils en parlent

Ils en parlent

Jean-Louis Biget, historien, membre du comité de bien

« Je me souviens qu'un jour le docteur Amalric avait déclaré lors d'un colloque qu'Albi était à côté de Toulouse afin de mieux la situer. Aujourd'hui, Albi a gagné en autonomie sur la carte du monde ! L'inscription a été un événement pour la Cité épiscopale et j'ai été ravi d'apprendre le 31 juillet 2010 que le travail accompli notamment par la Ville d'Albi et les historiens avait porté ses fruits. Depuis, de nombreuses restaurations ont eu lieu dans le centre ancien ; la ville n'est pas restée figée non plus comme on le voit avec la passerelle au-dessus du Tarn. Pour les années à venir,
il faut souhaiter que l'appropriation de cette histoire se poursuive auprès des Albigeois et des touristes. Il y a des choses à imaginer pour sensibiliser le jeune public et susciter l'intérêt d'étudiants pour le Moyen-Âge à Albi. Que la relève soit assurée ! »

Olivier Cabayé, docteur en histoire, professeur au lycée Lapérouse, membre de l'association cathédrale Sainte-Cécile

« Avec l'inscription au patrimoine mondial, Albi a retrouvé sa place à l'international qu'elle avait connue à la fin du XVe siècle. La ville a en effet profité à cette époque du commerce du pastel pour rayonner au-delà des frontières. Aujourd'hui, dix ans après cette reconnaissance par l'Unesco, il est évident que les Albigeois ont un autre rapport avec leur patrimoine et se rendent comptent davantage de son importance. Même si cela fait une vingtaine d'années qu'on assiste à une prise de conscience, l'inscription en a été le couronnement. Il a donné aussi un nouvel éclat à certains pans méconnus du patrimoine comme le tableau de la Lamentation ou les manuscrits du scriptorium, sans oublier la Mappa Mundi. En termes de chiffres, les statistiques montrent un développement et une diversification du tourisme dont il faut se réjouir. En saison estivale, plus de 5 000 visiteurs en moyenne entrent à la cathédrale chaque jour. »

Sandrine Victor, maître de conférences en histoire médiévale à l'Institut national universitaire Champollion, membre du comité de bien

« L'inscription de la Cité épiscopale avait évidemment tout son sens compte tenu de la dimension exceptionnelle des monuments qu'elle abrite. Les superlatifs sont là : plus grande cathédrale de briques au monde, etc. Mais il ne faut pas oublier que cette inscription englobe d'autres quartiers médiévaux comme le Castelviel, le Castelnau ou encore le bourg Saint-Salvi. C'est toute la vie médiévale qui est ici mise en valeur. Le travail des archéologues a ainsi permis de remettre les monuments dans leur contexte en considérant le patrimoine albigeois non pas isolé du reste, mais intégré dans un environnement régional. Avec l'inscription de la Mappa Mundi au registre Mémoire du monde, on peut véritablement communiquer sur la richesse de l'histoire médiévale à Albi avec une fenêtre de temps qui va du VIIIe siècle jusqu'à la fin du Moyen-Âge. En cela, l'inscription a impulsé une nouvelle dynamique de recherche. Certains étudiants travaillent d'ailleurs actuellement sur des sujets de thèse prenant pour exemple Albi ; il faut s'en réjouir. L'année dernière, Albi a accueilli aussi un colloque international autour de la pierre où il a été montré qu'une ville puissante pouvait être aussi en brique ! Enfin, l'inscription a renforcé le jumelage avec la ville de Gérone dont le patrimoine est aussi très riche. Albi comme Gérone sont ainsi devenues de véritables destinations de voyage permettant aux visiteurs de découvrir non seulement le patrimoine, mais aussi la culture, les traditions et l'art qui contribuent à son rayonnement. »

Philippe Nélidoff, doyen de la faculté de droit de Toulouse, historien du droit, vice-président de l'ACSA et membre du comité de bien

« Il serait dommage de ne traiter l'inscription au patrimoine mondial que sous un angle architectural ou touristique. Cet anniversaire est au contraire l'occasion de rappeler combien les évêques d'Albi ont façonné la cité notamment au Moyen-Âge. Ils ont été pendant des siècles les seigneurs de la ville et avaient un pouvoir sur la justice, la nomination des consuls et l'organisation même de la ville. Après la Révolution, les évêques réintègrent d'ailleurs le palais de la Berbie qu'ils occupent jusqu'à la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. Le poids du religieux a donc été très fort à Albi. Sans des évêques puissants, souvent proches du roi et du pouvoir, la ville n'aurait sans doute pas connu le rayonnement don elle a bénéficié. Il suffit de regarder la taille démesurée de la cathédrale Sainte-Cécile construite à partir du XIIIe siècle dans une ville qui n'était pas très étendue. Il est évident que sa construction a été engagée dans un contexte particulier avec l'hérésie cathare et le rattachement du Languedoc au royaume de France. On comprend mieux aussi la forte présence de communautés religieuses tout au long des siècles à Albi que ce soit au Moyen-Âge ou durant les deux derniers siècles. Il est essentiel de conserver cette mémoire qui fait l'identité de notre ville. »

Werner Desimpelaere, architecte urbaniste, ancien expert pour le Conseil de l'Europe et pour l'Icomos

« Ma dernière visite à Albi date de 2018. Arrivé dans l'après-midi à l’hôtel Mercure, d’où la vue sur la ville reste toujours inattendue avec la lumière qui change suivant les saisons et le temps, il me restait quelques heures pour parcourir la ville avant mon rendez-vous du soir au restaurant du Grand Théâtre avec les organisateurs de la biennale et les conférenciers. Mon arrivée à l’hôtel me rappela immédiatement ma découverte d'Albi il y a dix ans. J'étais alors expert des villes historiques, envoyé par l'Icomos pour évaluer la candidature de la ville d’Albi au Patrimoine mondial de l’Unesco. Le soleil du matin jetait une couleur jaune-ocre sur l’autre côté de la rivière et j'étais resté comme foudroyé sur la terrasse en observant le jeu des couleurs qui composaient la silhouette de la ville, dominée par la cathédrale Sainte-Cécile. Huit ans plus tard, je voulais en premier lieu me promener au Castelviel pour voir l'avancée du chantier de la passerelle, qui serait un jour accrochée au pont du chemin de fer au-dessus de la Tarn. Quand j’avais entendu que mon compatriote Laurent Ney avait gagné ce concours complexe, je me réjouissais qu’un projet comme celui-ci vienne enrichir (sans l'ombre d’un doute) la Cité épiscopale. Les plans que j'ai pu voir l’ont d’ailleurs confirmé. Le soir même, j'ai eu le plaisir de saluer l’auteur de la passerelle, créateur de projets analogues que j’admire, et lui rappeler que j’avais soutenu tout de suite ce projet audacieux.
Comme la passerelle apportera une réponse concrète à des questions de mobilité urbaine, je reste persuadé qu’il faut continuer à développer de nouvelles formes de déplacement entre le centre-ville et les quartiers d’Albi. Je ne peux qu’espérer par exemple qu'il sera un jour possible de me promener sur toute la largeur du Pont vieux ou de la place Sainte-Cécile sans la présence des voitures… Ceci dit, je suis persuadé que les Albigeois ont les moyens, les idées et l'envie de mener leur ville unique vers des horizons prometteurs. La passerelle en témoigne… Il est à souhaiter aussi le développement des parkings relais en périphérie de la ville pour désengorger le trafic et réduire le problème du stationnement. Je pense que la ville gagnera en attractivité et les commerces de proximité aussi. Des études concernant le trafic automobile démontrent d’ailleurs que la majorité de nos déplacements journaliers se limite à quelques kilomètres. Les villes scandinaves comme Copenhague ont entre-temps prouvé qu’on peut réhumaniser ces trajets en créant des pistes cyclables. De plus en plus de gens redécouvrent les avantages du vélo, notamment grâce à l'assistance électrique. Le sujet est dans l'air du temps…»

 

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