La série "Un dimanche avec Lapérouse"

Avec ce rendez-vous dominical sur sa page Facebook , la Ville vous invite à voyager dans la vie du célèbre navigateur Albigeois. Son parcours est si intense que nous l’avons découpé en 6 saisons. Cette page mise à jour chaque semaine vous permet de retrouver l’ensemble des publications, alors… bon voyage aux côtés de Lapérouse !
La série "Un dimanche avec Lapérouse"

Page Facebook de la Ville d'Albi

Saison 1

Ép. 1 - Lapérouse : les origines d’un nom issu de la noblesse

Connaissez-vous les origines du nom du célèbre explorateur albigeois ?

Jean-François de Galaup de Lapérouse est l'aîné des dix enfants issus du mariage de Victor-Joseph de Galaup (1709-1784) et Marguerite de Rességuier (1717-1788), les descendants de vieilles familles nobles originaires du Tarn et de l’Aveyron. Fortement implanté dans le Tarn, Jean-François de Galaup de Lapérouse porte jusque dans son blason - un cheval au “galop”, forcément ! - la fougue qui le mènera à parcourir le monde !

 

" Les armes de Lapérouse ”, Héraldique Blason ADP, 1888.

 

Jean-François est né à Albi le 23 août 1741 au château du Gô, dans la périphérie d’Albi, où la famille de Galaup était déjà très bien ancrée localement à cette époque.

La famille de Galaup a construit sa richesse autour de la culture et la commercialisation du pastel. Cette aisance a permis aux Galaup d’obtenir dès 1558 leurs premiers titres de noblesse. Ils vont alors être investis comme Seigneurs de Brens (proche de Gaillac) et d’Orban (situé entre Albi et Graulhet). Ces titres leurs permettent également d’occuper des postes juridiques et administratifs importants, jusqu’à pouvoir devenir Consuls de la Ville d’Albi.

La famille de l’explorateur possède aussi plusieurs terres comme le Château du Gô, lieu où est donc né Jean-François de Galaup et qui se situe au nord-est d’Albi, au bord du Tarn, sur la plaine du Gô. La seconde propriété emblématique des Galaup est la ferme « la Peyrouse » (de l’occitan Peirrosa, terre pierreuse) qui se situe sur la commune de Puygouzon. Cette ferme fut offerte à l’explorateur afin de lui procurer une rente annuelle, obligatoire pour son entrée à l’École des gardes de Marine de Brest, et dont il adoptera le nom. Il devint alors Jean-François de Galaup de Lapérouse, et très vite ne signa plus que par « Lapérouse ».

La mère du navigateur, Marguerite de Rességuier, descend, elle aussi, de la noblesse. Les Rességuier sont originaires de l’Aveyron ; une partie de la famille est restée dans le Rouergue, tandis que d’autres membres se sont localisés à Toulouse. On compte parmi les Rességuier des consuls de Rodez mais aussi un maire de Toulouse, ou encore des conseillers et Présidents du parlement de la ville rose.

Ép. 2 - Dans la famille Lapérouse : le père, Victor-Joseph de Galaup

Jean-François de Galaup de Lapérouse est le fils de Victor-Joseph de Galaup et de Marguerite de Rességuier.

Son père, Victor-Joseph de Galaup, est né le 19 mars 1709 à Albi. Il est né, tout comme Melle de Galaup, de l’union entre Jean-Antoine de Galaup et Claire de Metgé. Le grand-père de notre navigateur Lapérouse, Jean-Antoine, est né en 1677 à Albi. Devenu veuf, il entra dans les ordres et devint prêtre ; il mourut chanoine de l’église collégiale Saint-Salvi d’Albi. Son épouse Claire, née en 1679, est quant à elle fille de seigneur de Labruguière, écuyer, capitaine de cavalerie.

Portrait de Victor-Joseph de Galaup, photographie sur toile. L42cmx H52cm.

Victor-Joseph de Galaup exerça en premier lieu la profession d’écuyer. Plus tard, son statut de noble, obtenu en 1558 par la famille de Galaup grâce à leur richesse accumulée avec le commerce du pastel, lui permet d’être élu député aux États particuliers de l’Albigeois. Il faisait donc partie de l’assemblée des États, qui se réunissait pour prendre des décisions sur toute la province de l’Albigeois où étaient représentés les trois ordres de l'Ancien Régime : le Tiers-état, le Clergé et les Nobles.

Par la suite, Victor-Joseph fut élu Premier consul de la Ville d’Albi. Il s’occupait alors, durant cette période, de toutes les affaires courantes de la Ville et veillait à sa bonne gestion. Plus tard, il fut capitoul (magistrats siégeant au conseil municipal après avoir été élu par quartier) à Toulouse ou encore jurat (magistrat ayant prêté serment) à Bordeaux.

Victor-Joseph de Galaup s’est marié à Marguerite de Rességuier, de huit ans sa cadette, le 27 septembre 1740. De leur union naquirent dix enfants dont seulement trois atteindront l’âge adulte : Jean-François, l’aîné, né en 1741, Jacquette-Martianne née en 1742, et Victoire, la benjamine, née en 1759, dix-huit ans après Jean-François.

Le tableau présenté est issu de la Collection association Lapérouse, Albi France. Présent au musée Lapérouse d’Albi.

Ép. 3 - Qui est la mère de Lapérouse, Marguerite de Rességuier ?

La mère de Jean-François de Galaup de Lapérouse est issue d’une famille de puissants nobles, établis sur le territoire aveyronnais. Marguerite de Rességuier est baptisée le jour de sa naissance, le 30 avril 1717, à Sauveterre-de-Rouergue dans l’Aveyron. Fille de Jean-Jacques de Rességuier, né en 1662, ancien commandant du second bataillon du régiment de Condé et seigneur du Pouget et de Françoise de Moly, née en 1676 à Sauveterre-de-Rouergue. De leur union en 1707 sont nés quatre enfants, dont Marguerite, la benjamine.

Portrait de Marguerite de Rességuier épouse de Galaup. Photographie sur toile. L41cm x H51cm. Collection association Lapérouse Albi France. Présent au musée Lapérouse d’Albi.

La famille des Rességuier, originaire de Rodez, s’est divisée en deux branches dont l’une est restée dans le Rouergue et l’autre s’est établie à Toulouse. Il s'agissait d’une famille de taille importante qui a su garder pendant très longtemps ses titres de noblesse. Cette famille était influente en occupant des postes politiques majeurs à Rodez comme à Toulouse. Certains siégeront au Parlement ou au Capitoulat de Toulouse - l’un fut même maire de Toulouse en 1823 ! - certains remplirent aussi les fonctions de sénéchal (officier du roi) du Rouergue ou consuls de Rodez, tandis que d’autres occupaient des fonctions religieuses comme chanoines, archidiacres ou encore des curés. Cette influence est visible dans la toponymie de la ville de Toulouse : un hôtel particulier à proximité du Capitole porte encore le nom Caulet-Rességuier et une rue “Jules de Rességuier” longe le jardin royal à proximité du Grand Rond.

Marguerite de Rességuier s’est mariée à Victor-Joseph de Galaup, de huit ans son aîné, le 27 septembre 1740 à Sauveterre-de-Rouergue, puis s’est installée avec lui en terres albigeoises dans le château du Gô. De leur union naquirent dix enfants dont seulement trois atteindront l’âge adulte : Jean-François, l’aîné, né en 1741, Jacquette-Martianne née en 1742 et Victoire, la benjamine, née en 1759, dix-huit ans après Jean-François. Marguerite meurt à Albi le 14 juin 1788, année de la disparition de son illustre fils à Vanikoro (îles Salomon).

Ép. 4 -  Le mariage des parents de Lapérouse

C’est le 27 septembre 1740 que se marient les parents de Jean-François, en l’église du village de Sauveterre-de-Rouergue. Le village, fondé en 1281 et voisin de Naucelle, se trouve dans l’Aveyron, à une dizaine de kilomètres de la limite du Tarn.

Victor-Joseph de Galaup (1709-1784) et Marguerite de Rességuier (1717-1788) ont alors respectivement 31 et 23 ans. Cette union conduit de fait Marguerite de Rességuier à venir vivre en terre albigeoise, notamment au château du Gô, pour le reste de sa vie.

Notons que ce mariage, alliance de deux anciennes familles nobles, s’est conclu avant la “majorité matrimoniale” de la future mariée, fixée depuis l’ordonnance royale de Blois de 1579 à 25 ans pour les filles (et 30 ans pour les garçons). Dans ce cas, il fallait donc l’accord des parents. Mais au regard des origines familiales des mariés, on peut supposer que cette union repose sur un mariage arrangé entre les deux familles, dans l’objectif de conforter les origines nobles des deux familles et leur patrimoine, mais aussi afin d’avoir mutuellement un nouvel allié régional.

Intérieur de l’église de Sauveterre de Rouergue.
(source : site web de la commune)

Pendant l'Ancien Régime, le mariage précédait quasiment systématiquement la naissance d'un enfant, et concernait environ 90% de la population, au milieu du XVIIIe siècle. En effet, sous l'ancien régime, la France est une monarchie absolue de droit divin dans laquelle le Monarque est devenu roi par la volonté de Dieu et le mariage constitue l'un des sept sacrements qui, selon les catholiques, permet de participer à la vie divine. Ce n’est qu’avec la Révolution française que le mariage, jusque-là prérogative exclusive de l'Église, devient civil (précisément le 3 septembre 1791).

Moins de 11 mois après cette union naît Jean-François, le 23 août 1741, qui sera suivi de 9 autres enfants.

Ép. 5 -  Une famille nombreuse

Suite à leur union en 1740, les parents de Jean-François de Galaup de Lapérouse (1741-1788) ont donné naissance à dix enfants entre 1941 et 1959. Jean-François est l'aîné et le plus célèbre de la fratrie, à la fois pour son destin de grand navigateur et explorateur français, ainsi que pour sa tragique disparition à l’âge de 46 ans à Vanikoro. La cadette est Jacquette de Galaup (1742-1824). Elle se marie avec un membre de la famille Dalmas du Rouergue et sera nommée prieure de l’église de la Confrérie des Pénitents-noirs en 1815 et 1824. Les Galaup ont ensuite eu huit autres enfants, dont six n’ont pas survécu jusqu’à l'âge adulte. L’espérance de vie de la fratrie est donc de moins de 23 ans en moyenne. La dernière sœur de la fratrie, Victoire de Galaup (1759-1818), est 18 ans plus jeune que son illustre aîné. Elle se marie avec Bernard Louis de Barthès, qui fut avocat à Albi, et n’a que 26 ans lorsque son frère embarque pour l’expédition qui lui sera fatale.

Sur une fratrie de 10 enfants, seuls deux d’entre eux ont eu à leur tour des enfants. Jacquette a eu 5 enfants (4 garçons et 1 fille) et Victoire 6 enfants (4 garçons et 2 filles). Jean-François de Lapérouse a donc eu onze neveux et nièces, mais n’en a connu que 6, puisque 5 des enfants de sa sœur benjamine sont nés après le départ de sa dernière expédition ou après sa mort.

Chapelle des Pénitents-Noirs, Villefranche-de-Rouergue. Eugène Trutat. XIXe siècle. Bibliothèque de Toulouse, Fonds Trutat; Côte TRU C 676.

Ép. 6 -  Le cousin Jacques-Pierre de Taffanel de La Jonquière

acques-Pierre de Taffanel de La Jonquière est né le 18 avril 1685 au château de Lasgraïsses, à proximité d’Albi. Ce « grand-cousin » par arrière-grand-mère de Lapérouse, est issu d’une famille de notaires du Tarn qui habitait entre Lasgraïsses et Graulhet. Jacques-Pierre de Taffanel de La Jonquière a fait carrière dans la Marine. Elle commence lorsqu’il a à peine 12 ans, au moment de son entrée, le 1er septembre 1697, aux Gardes de la Marine de Toulon. Il effectue sa première mission l’année suivante, à Constantinople. En 1712, il embarque sur le brûlot l’Éclair, où il sera commandé par Claude de Forbin (1656-1733).

 

Lors de cette mission, il se distingue notamment par le commandement d’une chaloupe puis par celui d’un bateau méditerranéen. En 1703, il est promu Enseigne de vaisseau (ce qui correspond au grade de lieutenant). En quelques années, il accomplit de nombreuses missions sur le bassin méditerranéen, que ce soit à Barcelone ou Alicante, où il est fait prisonnier et emmené en Angleterre, avant d’être rapidement échangé. Il va ensuite aux Pays-Bas et même jusqu’au Svalbard, dans l’Arctique, au nord de la Norvège. En 1711, de La Jonquière est nommé Lieutenant sur l’Achille. Il participe, durant la guerre de Succession d’Espagne, à la prise de Rio de Janeiro sous les ordres de René Duguay-Trouin (1673-1736).

 

En 1713, La Jonquière commande le vaisseau Baron de la Fauche avec lequel il passe en Louisiane. Il poursuit sa mission en Amérique par une longue campagne sur la côte ouest de l’Amérique espagnole. Ses nombreux exploits lui permettent d’être nommé Lieutenant de vaisseau en 1720. Après quelques années de service à terre, à Brest, il reprend la navigation, notamment à destination des Antilles. Il est nommé Capitaine de Vaisseau en 1731. Il escorte des navires vers le Canada et croise notamment au nord de l’Afrique. Puis, alors que les tensions avec les Anglais se renforcent, il participe à plusieurs campagnes, notamment sous les ordres du marquis d’Antin (1740) puis de Court de La Bruyère (1744). La Nouvelle-France - à savoir les territoires coloniaux français d'Amérique du nord entre 1534 à 1763 - occupe une place particulière dans la fin de carrière de Jacques-Pierre.

 

Sa prise de fonction est épique, puisqu’il doit dans un premier temps revenir en France après avoir participé, en chemin vers le Canada, à la campagne de La Rochefoucauld. Puis, lors de sa seconde traversée, il subit une attaque des Anglais, le 14 mai 1747, qui le font prisonnier jusqu’au traité de paix d’Aix-la-Chapelle du 18 octobre 1748. Ce n’est donc que le 15 août 1749 que le nouveau Gouverneur prend enfin ses fonctions. La Jonquière est jugé comme un bon administrateur de la Nouvelle-France, mais trop hésitant envers les Anglais et les Indiens, dans une période de difficultés politiques et économiques. Pour récompenser ses services, Louis XV l’a fait Marquis et Grand-Croix de Saint-Louis. Il a fondé la ville de JONQUIÈRE au Québec.

Il est toujours honoré par des monuments dans les villes du Québec et de France où un grand nombre de rues et places portent le nom LA JONQUIÈRE. Il meurt en fonction au Canada, après quelques mois de maladie, le 17 mars 1752. Au final, sa carrière maritime compte pas moins de 29 campagnes et 9 combats. Il lègue ses biens à Clément Taffanel (1706-1795), son cousin, qui deviendra Lieutenant-Général des armées navales en 1780. C’est avec ce parent, dont on peut penser qu’il a influencé Jean-François, avec ses récits de marin, que Lapérouse, durant ses études à Brest, embarque plusieurs fois.

Auteur inconnu. Portrait de Clément Taffanel, marquis de la Jonquière (1706-1795), lieutenant général des armées navales sous Louis XV et Louis XVI

Saison 2

Ép. 1 - La naissance et l’enfance de Lapérouse

Saviez-vous que la naissance de Lapérouse a été périlleuse ?

Jean-François de Galaup est né le 23 août 1741 au Château du Gô. Apparaissant très fragile à la naissance, il est ondoyé le jour même par crainte d’un décès imminent. Il est finalement baptisé 42 jours après, le 3 octobre, en l’église Saint-Julien d’Albi.

Acte de baptême de Jean-François de Galaup ayant lieu le 3 octobre 1741 en l’église Saint-Julien d’Albi (Paroisse de Saint-Julie

 

L’explorateur albigeois Jean-Francois de Galaup, Comte de Lapérouse, est né le 23 août 1741 au château du Gô, grande résidence située à environ 3 km au Nord-Est de la Cité épiscopale d’Albi, dans un méandre du Tarn. Cette naissance fut plutôt délicate : le comte de Lapérouse semblait si fragile à la naissance que l'archevêque d’Albi pris la décision d’autoriser une cérémonie d’ondoiement, réalisée uniquement si le risque de décès paraît imminent.

Elle a lieu dès le 23 au sein de la résidence familiale. Finalement, le nouveau-né résiste à la mort et est baptisé 42 jours après, le 3 octobre, au sein de l’église Saint-Julien. De nos jours, cette église n’existe plus. Elle prenait place le long de l’actuelle rue Saint-Julien reliant la Place Sainte Cécile et la Rue Mariès et fut détruite à la fin du XIXe siècle pour construire à son emplacement le Marché couvert d’Albi.

Lors du baptême, Monseigneur Jean-Antoine de Galaup et Françoise de Moly, respectivement grand-père paternel et grand-mère maternelle, sont nommés parrain et marraine de Jean-François de Galaup. La jeunesse du jeune Jean-François se déroule sans encombre au sein de la noblesse albigeoise. Il suit sa scolarité au sein du collège des jésuites d’Albi. Ce moment de sa vie correspond également à la période où le jeune albigeois construit sa vocation pour la navigation.

Cette passion lui vient d’une part, des grandes découvertes de l’époque réalisées par Bougainville et Cook, mais aussi et surtout de son cousin Taffanel de la Jonquière qui lui racontait ses aventures maritimes.

Ép. 2 - Les lieux de la famille : le château du Gô

Savez-vous qu’il est possible de se rendre sur les traces de Lapérouse en terre albigeoise ?

Pendant son enfance, Jean-François de Galaup a grandi dans une propriété dans laquelle ses parents se sont installés peu de temps après leur mariage : le château du Gô. Cette belle bâtisse, située dans un méandre du Tarn, appelé “la boucle du Gô”, dans la périphérie de la commune d’Albi, a donc été le lieu de vie de son enfance. Le hameau du Gô apparaît dans l’histoire dès le XIVe siècle. Gô, parfois orthographié Guo ou Gau, viendrait du nom « Gué », qui en langue occitane se dit « ga ou gua » en référence à un passage à gué sur le Tarn.

Le Château du Gô

Avant l’achat de la famille de Galaup, ce domaine fut la propriété de l’évêque d’Albi (Peytavin de Montesquiou), puis légué à d'autres évêques tels que Louis Ier d'Amboise et Louis II d'Amboise. Lors des guerres de religion entre catholiques et protestants, une partie du château est fortifiée, dont il ne reste aujourd’hui qu’un escalier en bois. À l’origine, ce domaine était une simple métairie à vocation essentiellement agricole. Elle devient la propriété de la famille du navigateur en 1613 avec l’achat du domaine par Claude de Galaup, quadrisaïeul de Lapérouse (son arrière-arrière-arrière-grand-père si vous suivez !). Dès lors, la bâtisse est aménagée en château pour servir de résidence secondaire à la famille de Galaup.

Jean-François hérite du château du Gô, qui reviendra ensuite à ses sœurs après sa disparition. Les héritiers du comte de Lapérouse sont longtemps restés propriétaires du domaine, avant que celui-ci soit vendu, puis rénové. Classé au titre des monuments historiques depuis 1984, le château du Gô est construit en briques dans un style renaissance selon un plan en U. Il est constitué de plusieurs ailes. Certains éléments d’origine du château ont été conservés avec par exemple le plafond à la française ou encore la cheminée. Le domaine présente également une nymphée, dont l’origine reste inconnue. Récemment converti en chambres d’hôtes, il est maintenant possible de dormir dans la chambre où Jean-François de Galaup, futur explorateur, est né.

Ép. 3 - Les lieux de la famille : la Maison de Lapérouse

Savez-vous où se trouve la demeure de Lapérouse, dans Albi ?

En 1780, alors âgé de 39 ans, Jean-François de Galaup de Lapérouse acquiert une maison au 12 rue de l’école de Mage, devenue aujourd’hui la rue Henri de Toulouse-Lautrec.

La demeure dont Lapérouse fait l’acquisition est l’ancienne école de Mage. Cette dernière est ensuite devenue le collège Jésuite, déménageant dans le bâtiment où se trouve l’actuel Lycée Lapérouse, sur les Lices Pompidou, à proximité du Pont neuf. Le bâtiment de l’ancienne école de Mage est cédé au XVIIe siècle en trois lots : • Le premier lot appartient à ce qu’est aujourd'hui l'Hôtel Decazes, situé au 10 rue Henri de Toulouse-Lautrec. Dans un premier temps, l'Hôtel est racheté par Joseph-Léonard Decazes, ancien préfet du Tarn. C’est aujourd’hui, et depuis 1989, la Maison de l’Amitié. • Le deuxième lot correspond à l’actuel Hôtel Toulouse-Lautrec, qui se situe au numéro 14. Ce bâtiment est la maison natale du célèbre peintre albigeois. • Enfin le troisième lot, situé au numéro 12, entre l'Hôtel Decazes et l'Hôtel Toulouse-Lautrec, est celui qui, au XVIIIe siècle, est devenu la résidence principale de Lapérouse.

La Maison de Lapérouse

Si Jean-Francois de Galaup de Lapérouse achète cette demeure, c’est notamment pour son amour de toujours, Eleonore broudou, qui deviendra sa femme le 17 juin 1783. Elle reste la majeure partie du temps seule à Albi, pendant que le navigateur albigeois est à Brest ou en mer. Il s’agit d’une grande demeure qui se répartit sur trois niveaux et qui dispose également d’une cour intérieure. Aujourd’hui, la demeure de l’explorateur ese repère grâce à une plaque fixée au mur et sur laquelle est inscrit “Ici vécut Jean-Francois Galaup De La Pérouse, 1741-1788, Navigateur chef d’escadre, Né au Gô, Disparu à Vanikoro”

Ép. 4 - Les lieux de la famille : la ferme de La Peyrouse

Saviez-vous que cette ferme a permis à Lapérouse de devenir explorateur ?

Jean-François de Galaup est bien plus connu sous le nom de Lapérouse. Savez-vous que ce nom provient d’une ferme, « La Peyrouse », située à Puygouzon ? Celle-ci lui a été offerte par son père afin que l’adolescent accomplisse son rêve.

Voisine d’Albi, la commune de Puygouzon abrite un domaine ayant appartenu à la famille du navigateur, et au navigateur lui-même. La ferme de La Peyrouse fut essentielle pour la vie et le destin de Jean-François de Galaup.

Lettre écrite et signée par Jean-François de Galaup de Lapérouse. Source : Le voyage de Lapérouse, de Brest à Botany-bay, Editions Pôles d'images

Le jeune Jean-François de Galaup avait comme objectif absolu d’entrer à l’École des Gardes de la Marine de Brest, afin de devenir marin. Lors de son entrée en 1756 dans cette école, alors âgé de quinze ans, il commence à compléter son nom de famille de la mention « La Peyrouse ». Il s’agit du nom d’une ferme qui est située à environ sept kilomètres au Sud-Est d’Albi, le long de la route de Fauch, au pied des coteaux de Rantelle. Elle lui a été donnée par son père pour compléter les revenus nécessaires pour suivre sa scolarité maritime, en partie payante à cette époque, qui nécessitait de justifier d’un revenu annuel de 400 livres minimum, soit l’équivalent d’un peu plus de 7000 € actuels. Dans les faits, cette ferme est gérée sous forme d’une métairie.

Bien que la référence à une terre qui vous appartient était fréquente chez les nobles, l’appellation du marin s’est orientée assez rapidement dans deux directions, l’une étant l’abstraction de plus en plus fréquente dans la signature de son patronyme, et l’autre une francisation de l’orthographe avec l’abandon du « y » caractéristique d’une prononciation à l’occitane. L’abandon du nom « Galaup » a été constaté assez tôt dans les registres de la marine. Alors qu’il est nommé enseigne de vaisseau (1764), puis gouverneur à l’île de France (île Maurice) en 1772, les documents officiels parlent de « M. de La Pérouse », commandant la flûte « la Seine ». Lui-même modifie assez rapidement sa signature « de Galaup de Lapérouse » pour « de La Pérouse », puis « Lapérouse » en un seul mot. Le navigateur signait les documents en liant les deux parties de son nom, comme le voulait l’usage.

Plusieurs années après le décès de Jean-François de Galaup de Lapérouse, cette ferme a été attribuée à la famille de Victoire, la plus jeune de ses sœurs, lors du partage des biens qui a eu lieu le 27 novembre 1824 à Albi. La métairie passe ainsi dans la branche Dalmas des descendants de Lapérouse.

Aujourd'hui, cette bâtisse appartient à un particulier et possèderait encore les armoiries du navigateur.

Ép. 5 -  Le collège des Jésuites

Saviez-vous que l’établissement albigeois dans lequel Jean-François de Galaup de Lapérouse a étudié est aujourd’hui un lycée qui porte son nom ?

Étant albigeois, Jean-François de Galaup de Lapérouse a d’abord étudié à Albi jusqu'à ses 15 ans avant son départ pour la Marine. C’est au collège des Jésuites qu’il fait ses premiers pas en tant qu’élève. Le futur navigateur étudie exclusivement en latin et va rencontrer plusieurs personnalités qui deviendront elles-aussi connues. Il y croise Rochegude, né la même année que lui, qui deviendra officier de la Marine, ou encore Jean-Baptiste Mengaud de la Hage. Ce dernier devient l’un de ses meilleurs amis, l’accompagnant dans certaines de ses expéditions notamment au Canada (1761) et en Ile de France (1774-76), nom de l’actuelle Ile Maurice.

Le collège des Jésuites s’installe dès 1623 en terre albigeoise, à la limite des anciens remparts de la ville. Il s’agit du plus ancien établissement secondaire du département du Tarn. Une chapelle datant du XVIIe siècle accompagne cet établissement. Elle a été réaménagée en 1991-1992 afin d’y accueillir un auditorium, une médiathèque et une salle informatique.

Carte postale avec la façade du lycée Lapérouse en 1906. Source : Archive du Tarn. Façade principale. • [1906] - 7 FI 4/773

La Révolution française marque de son empreinte le collège des Jésuites. L’établissement change de statut et devient un collège communal, inauguré en 1796 avec un nouveau nom : École Centrale. Lors du Second Empire, en 1867, l’établissement est transformé en un Lycée Impérial, connaissant d’importantes modifications de son architecture et de ses infrastructures lui donnant l’aspect que l’on connaît aujourd’hui. Devenu le Lycée Lapérouse (1967), il compte notamment parmi ses professeurs Jean Jaurès (pour la philosophie), Georges Canguilhem (connu pour ses travaux de recherches pluridisciplinaires et son rôle important dans la résistance). Parmi les personnalités célèbres qui y ont été élèves, on trouve Georges Pompidou de 1918 à 1928, futur Premier ministre puis Président de la République française, le comédien et metteur en scène Pierre Mondy ou encore le romancier et essayiste Paul Guth.

Aujourd’hui, ce lycée n’est plus semblable à celui que le navigateur a connu au cours du XVIIIe siècle. Les classes de collège ont été déplacées au collège Jean Jaurès nouvellement construit, de sorte que l'établissement Lapérouse se recentre sur les classes de lycée et s'ouvre aux classes préparatoires. Il accueille plus de 650 élèves et se distingue par d’importants taux de réussite au bac général de huit points au-dessus de la moyenne nationale (98% en 2021).

Ép. 6 -  Lapérouse et Rochegude : un destin commun

Saviez-vous qui est Rochegude, contemporain de Lapérouse ?

Le plus connu des marins albigeois est sans aucun doute le navigateur et explorateur Jean-François de Galaup de Lapérouse. Il existe un autre marin au parcours également remarquable et en quelques points similaire à celui de Lapérouse : il s’agit d’Henri Paschal de Rochegude, fils de François Paschal de Rochegude et de Rose de Combettes de Caumon. Il est issu d’une famille ayant des titres de noblesse. Il naît à Albi le 18 décembre 1741, soit la même année que Lapérouse. Il est baptisé quelque temps plus tard à l’église Saint-Salvi d’Albi.

Son éducation se déroule au collège des Jésuites d’Albi, en même temps que Lapérouse. Il intègre ensuite, à l'âge de 16 ans, l’école de la Marine de Rochefort. En 1758, le marquis de Rochegude entre à l’école des Gardes de la Marine de Brest. Il y retrouve Jean-François de Galaup de Lapérouse qui avait intégré cette même école deux ans auparavant. Les deux marins albigeois participent alors à des missions communes dans l’océan indien en 1768 et à la guerre d’indépendance américaine dès 1778.

Sous la Révolution, le marquis de Rochegude est promu en 1793 contre-amiral puis commissaire inspecteur des ports et arsenaux. La Révolution a fait de lui un homme politique : il appartient au courant de la noblesse. Il siège à l’Assemblée Nationale à partir de 1792 et participe à la Convention où il vote contre la mort du Roi. Il est mis à la retraite sous l’empire en 1801. Il revient alors définitivement dans sa ville natale en 1799 et achète un hôtel particulier proche du centre-ville d’Albi, devenu aujourd’hui l'Hôtel Rochegude, dans lequel il réalise de nombreux travaux de rénovation. Il s’impliqua dans la vie politique de la ville en faisant partie des États généraux d’Albi.

Portrait du Marquis de Rochegude, Charles Escot. Hôpital d’Albi.

Henri Pascal de Rochegude, un navigateur bibliophile à Albi.

INA - France 3, Vent sud, 1996.

https://sites.ina.fr/occitanielivre/focus/chapitre/6/medias

Ses passions - la littérature, les études scientifiques portant notamment sur la période du Moyen-Âge et les œuvres de troubadours - l’ont amené à accumuler près de 20 000 ouvrages dans sa bibliothèque, parmi lesquels des ouvrages de grands philosophes des lumières tels que Voltaire, Rousseau, Montesquieu ou Diderot. D’autres ouvrages plus exotiques ont été retrouvés dans cette bibliothèque comme des livres en chinois, russe ou persan.

Le marquis de Rochegude meurt à Albi en 1834, à l’âge canonique, pour l’époque, de 93 ans. Dans la nuit suivant sa mort, une multitude d’ouvrages de sa bibliothèque considérés comme subversifs disparaissent afin qu’il puisse prétendre à une sépulture chrétienne. Il est inhumé dans le cimetière de l'hôpital d’Albi, dans une tombe anonyme, dont la trace est aujourd’hui perdue. Sans descendance directe, il avait nommé la Ville d’Albi comme héritière principale de sa collection de manuscrits, de son hôtel particulier et du parc qui l’entoure. Cinquante et un ans plus tard, en 1885, la Ville d'Albi prend possession de son hôtel particulier et de son parc aujourd’hui devenu Hôtel et Parc Rochegude, ainsi que de sa bibliothèque de quelques 12 400 ouvrages. Ils constituent aujourd’hui le « fonds Rochegude » conservé à la médiathèque Pierre-Amalric.

Ép. 7 -  Albi à l'époque de Lapérouse : une ville en pleine transformation 

Saviez-vous de quand date la démolition des remparts d’Albi ?  

Entre 1741 et 1788, dates de la naissance et de la disparition de Jean-François de Galaup de Lapérouse, la ville d’Albi a connu de profondes transformations pour permettre une meilleure gestion des flux et mobilités avec le passage de la route royale reliant Toulouse à Rodez. Ces grands travaux sont principalement l’œuvre de deux hommes : l'archevêque Léopold-Charles de Choiseul-Stainville (1724-1774) et l’ingénieur Léger Laroche (1735-1780). Ils commencent par la démolition d’une majeure partie des remparts de la ville, en mauvais état et qui n'avaient plus aucune utilité défensive. Les travaux de démantèlement débutent deux décennies avant la naissance de Lapérouse et se poursuivent jusque dans les années 1760. Enfant, il assiste à toutes ces métamorphoses urbaines. Lors de son départ pour Brest, les chantiers autour des remparts ne sont toujours pas finalisés et la transformation de la ville se poursuit.

En juillet 1783, lors de son mariage, Lapérouse redécouvre une ville méconnaissable : trois kilomètres de remparts ont déjà disparu, six portes détruites, et les fossés encerclant la Cité ont été remblayés. Peuplée d’environ 7 000 habitants à sa naissance, Albi connaît une évolution démographique favorable dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle grâce à l’essor industriel et compte 8800 habitants vers 1780.

La Place Sainte-Cécile (Ex-Place De La Pile) avant 1850. Carte postale de 1904. Archives départementales du Tarn.

La ville est dès lors nettement plus vivante, connaissant une augmentation des flux. Cependant, le chantier de la route royale dans le centre-ville d’Albi n’est toujours pas terminé et de nombreux embouteillages se forment dans la cité albigeoise. Laroche a fait construire une rue reliant le bas des actuelles lices Pompidou au Pont vieux, dans l’attente de la construction du pont neuf afin que la route royale puisse plus facilement traverser le Tarn. Celle-ci est retardée de près d’un siècle notamment à cause de la révolution de 1789 venue quelque peu chambouler les plans de l’architecte.

Lapérouse aura donc vu au cours de sa vie une ville en permanence en travaux. Après sa disparition en 1788, les grands aménagements urbains d’Albi se poursuivent, avec la création du quai Choiseul ou encore, au XIXe siècle, l’agrandissement et le réaménagement de la place de la Cathédrale, ainsi que l’amélioration de son accessibilité par l’architecte et urbaniste Jean-François Mariès.

Saison 3

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Ép. 1 - Sa formation à l’école des Gardes de la Marine de Brest

Connaissez-vous les débuts du parcours militaire de Lapérouse ?

En 1756, à peine âgé de 15 ans, Jean-François de Galaup de Lapérouse quitte Albi et intègre l’école des Gardes de la Marine de Brest. Quelques mois seulement après son arrivée, il part déjà en direction du Canada pour y mener sa première guerre : la guerre franco-anglaise de Sept ans sur la possession des colonies d’Amérique du Nord

Gardes-marins étudiant l'artillerie en salle sous Louis XIV. Léon Couturier, dans La Marine Française, Maurice Loir, 1893, Libra

La carrière militaire de Jean-François de Galaup de Lapérouse commence très tôt. Âgé de seulement 15 ans et sans jamais avoir vu la mer, le jeune Albigeois se lance en 1756 dans une longue et grande carrière maritime. Cette vocation de marin lui vient notamment de son cousin Clément Taffanel de La Jonquière. De 35 ans son aîné, ce dernier est déjà officier dans la Marine Royale. Il influence le jeune albigeois et va convaincre ses parents à intégrer les rangs de la marine nationale.

L’École des Gardes de la Marine de Brest est créée en 1683 sur décision de Jean-Baptiste Colbert, Marquis de Seignelay. Celle-ci vient alors en complément des deux compagnies déjà en place à Toulon et Rochefort, imaginées quelques années plus tôt, en 1669 par Colbert. Chacune de ces compagnies, dont l’accès est réservé aux nobles, compte environ 700 gardes. Elles sont, au XVIIIe siècle, le passage obligé pour ceux souhaitant devenir officier dans la Marine.

En 1757, elle connaît un grand remaniement avec la séparation des élèves en deux groupes : les “officiers rouges” et les “officiers bleus”. Les premiers sont destinés à une carrière militaire tandis que les seconds à une carrière dans la marine marchande. Cette école des Gardes de la Marine de Brest existe toujours, sous une forme différente et sous un autre nom. C’est, depuis 1830, l’École navale. Cependant, depuis 1993, c’est l’École de maistrance, assurant la formation initiale des officiers mariniers de la Marine nationale française, qui se trouve dans les locaux de l’ancienne École des Gardes de la Marine de Brest. L’École navale a déménagé sur un nouveau site.

L'accès à cette école étant réservé aux nobles, le jeune albigeois a dû justifier de bénéficier d’une rente annuelle supérieure à 400 livres. Son père, Victor-Joseph de Galaup, lui offre pour cela la ferme de Lapeyrouse (sur la commune de Puygouzon). Jean-Francois de Galaup devient alors Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse. Le nom Lapérouse prend même le dessus sur son nom de naissance et figure dorénavant seul sur sa signature.

Lapérouse restera dans cette école pendant environ sept ans, jusqu’en 1762. Durant ces années, il va participer à la guerre de Sept ans dès novembre 1756 au Canada à bord du Célèbre, soit seulement quelques mois après son arrivée.

Ép. 2 - La rencontre avec le chevalier de Ternay

Saviez-vous que Lapérouse a donné le nom de l’un de ses amis à une baie ?

Dès les débuts de sa carrière militaire, Lapérouse se lie d’amitié avec un certain Charles-Henri-Louis d’Arsac, chevalier de Ternay, lors d’un combat contre les pêcheries britanniques de Terre Neuve. Les deux hommes se croiseront sur des missions conjointes tout au long de leur carrière.

Portrait du chevalier de Ternay, Auteur inconnu, XVIIIe siècle, Peinture.

Fils de Charles-François d’Arsac marquis de Ternay et de Louise Lefebvre de Laubrière, Charles-Henri-Louis d’Arsac, chevalier de Ternay, est né le 27 Janvier 1723 à Angers, dans la paroisse Sainte-Maurille. Il sera ondoyé quatre jours plus tard, le 31 janvier 1723 et ne sera baptisé qu’à l'âge de 10 ans, le 10 octobre 1733, à Ternay (département de la Vienne).

Âgé de 15 ans, Charles-Henri-Louis d’Arsac, chevalier de Ternay, est admis le 12 décembre 1737 comme page du grand maître au sein de l’ordre de Malte. Près d’un an plus tard, il intègre cette fois le corps des gardes de la Marine de Toulon. En 1743, le chevalier de Ternay gravit les échelons et devient sous brigadier, puis, trois ans plus tard, enseigne de vaisseau. Enfin, le 10 janvier 1761, il est nommé au grade de capitaine de vaisseau après s'être fait remarquer pour avoir secouru trois navires français dans la Baie des Vilaines.

Il prend alors le commandement du Robuste accompagné de cinq navires représentant en tout et pour tout 750 militaires dont le jeune Jean-François de Galaup de Lapérouse. Ensemble, ils partent combattre en 1762 les pêcheries britanniques de Terre Neuve. C'est à ce moment-là que les deux hommes feront pour la première fois connaissance. Lapérouse est alors encore dans son cycle de formation à l’école des gardes de la Marine. Les deux marins se lient d’amitié. Dix ans après leur première rencontre, en 1772, en tant qu’enseigne de vaisseau, Lapérouse conduit Ternay à l’Ile de France (Ile Maurice aujourd'hui) dont il vient d’être nommé gouverneur. Lapérouse y passera quatre ans et y rencontrera sa future femme Eléonore Broudou. Cette rencontre va compliquer la relation qu'entretiennent les deux amis. Le père de Lapérouse, Victor-Joseph de Galaup, informé de cette idylle, s’y oppose. Il délègue ses droits paternels au chevalier de Ternay en le nommant tuteur et lui demande de veiller à ce que les deux tourtereaux restent à l’écart l’un de l’autre.

Ternay et Lapérouse se retrouvent encore une fois quelques années plus tard en 1780. Cette fois-ci, Lapérouse agit en tant que lieutenant de vaisseau dans une escadre sous le commandement de Ternay ayant pour but d’amener en Amérique les 6000 hommes de Rochambeau. Lors de cette mission, le chevalier de Ternay est victime de la fièvre putride. Il succombe de la maladie huit jours après l’avoir contractée dans la rade de Newport dans l'État du Rhode Island.

En apprenant sa mort, Lapérouse confie qu'il l’aimait comme un père. En hommage à son ami mais aussi au grand navigateur qu’il était, au cours de son expédition autour du monde, il baptise en 1787 une baie en son nom située en face du détroit de Lapérouse, sur la côte de Mandchourie. C’est à cet emplacement que se trouve aujourd’hui la ville de Terney, en Russie.

Ép. 3 - La guerre de Sept ans

Saviez-vous que Lapérouse a été fait prisonnier lors de sa carrière militaire ?

Lapérouse entre dans l’école des gardes de la Marine de Brest en 1756. Pendant ses études, il est engagé dès l'âge de 17 ans dans les conflits maritimes de la guerre de Sept Ans contre l’Angleterre au large de l'Amérique du Nord. Il embarque sur le Célèbre dans l’escadre commandée par le comte (lieutenant-général) Dubois de La Motte et envoyée au secours de Louisbourg, sur l'île Royale. Lors de cette première mission, il va connaître sa première péripétie professionnelle !

Nicholas Pockok (1740-1821). “La bataille de la baie de Quiberon, le 20 novembre 1759”. Huile sur toile, conservée au musée mari

La guerre de Sept ans est un fait majeur pour l’Europe puisqu’elle est la première à être qualifiée d’importance mondiale du fait des conflits en Europe mais aussi outre Atlantique et dans les Indes. Elle se déroule entre 1756 et 1763 et a pour origine une rivalité entre l’Angleterre et la France au sujet des colonies situées en Amérique du Nord. De ce fait, de nombreux combats éclatent sur le vieux continent et en Amérique, où les conflits s’intensifient dès l'année 1756.

C’est en 1757 que Lapérouse entre en jeu dans ces conflits au large de l'Amérique du Nord et plus principalement à Terre-Neuve, possession anglaise avant la guerre, et sur le Saint-Laurent. Il fera aussi quelques interventions aux Antilles. Il est accompagné de son cousin éloigné, Clément de Taffanel de La Jonquière, ainsi que du chevalier de Ternay.

Lapérouse embarque à deux reprises pour venir au secours de Louisbourg, sur l’Île Royale. La première fois sur le Célèbre dans l’escadre commandée par le comte (lieutenant-général) Dubois de la Motte. Le retour de l’escadre le 12 novembre 1757 apporta à Brest la terrible épidémie de typhus qui fit plus de 6 000 victimes. La deuxième fois le 22 février 1758, sur la frégate le Zéphire dans l’escadre sous le commandement du chevalier de Ternay. Le but de ce second voyage était d’apporter des canons, des munitions et de transporter des troupes sur ce territoire puisque la situation avec les Anglais était critique. Le jeune Lapérouse y livre son premier combat. Le commandant, le chevalier de Ternay, avait pour ordre de regagner Brest le plus vite possible, tant la situation était désespérée à Louisbourg. La France perd ce territoire, au profit des forces anglaises bien plus nombreuses. Après ce retour et fort de cette expérience, Lapérouse dut fournir de nombreux efforts après ces nombreux mois en mer pour rattraper le retard accumulé dans ses études.

Le 16 mai 1759, Lapérouse embarque sur le vaisseau le Formidable dans l’escadre préparée par le maréchal de Conflans à Brest pour protéger la ville d’un éventuel débarquement. Le 20 novembre cette escadre de vingt-et-un vaisseaux se heurte à l’entrée de la baie de Quiberon aux vingt-trois bâtiments britanniques commandés par l'amiral Hawke. Le Formidable participe pleinement à la bataille de Quiberon, une des plus célèbres de la guerre de Sept ans, durant laquelle Lapérouse reçoit deux blessures et est fait prisonnier, avant d’être échangé.

Ép. 4 - La mission dans l’Océan indien

Savez-vous que Lapérouse a passé plusieurs années à l’Ile Maurice ?

Après être revenu des Antilles où il venait de terminer une campagne sur l'Île de Saint Domingue, Lapérouse est envoyé dans l’Océan Indien, à l’Isle de France, l’ancien nom de l’Île Maurice (jusqu’en 1810). Présent sur l’île entre 1772 et 1777, Lapérouse devient propriétaire terrien en y acquérant un domaine ; c’est également à Maurice qu’il rencontre son amour de toujours…

Plan du comptoir de Mahé et de la province de Coringotte-Nair. 1817. Lefèvre, Félix Hippolyte. Dessin à la plume aquarellé sur p

En 1771, après une campagne à Saint-Domingue, colonie française devenue Haïti à son indépendance en 1804, Lapérouse revient des Antilles. L’année suivante, le navigateur, alors Enseigne de Vaisseau, est envoyé dans l’océan indien, où il doit rallier l’Isle de France (devenue l’Ile Maurice en 1810).

Lapérouse accompagne le chevalier de Ternay (1723 - 1780) qui prend ses fonctions de Gouverneur général des Mascareignes (comprenant notamment l’Île de la Réunion, l’Île Maurice et Rodrigues).

En 1772, de Ternay est nommé Gouverneur des Isles de France (Maurice) et de Bourbon (Réunion).

Lapérouse s’acclimate à la vie sur l’archipel dans lequel il fera même la rencontre de l’amour de sa vie : Éléonore Broudou, fille du chef du bureau des armements de l’île (arsenal de Port-Louis). Pour rester proche de la famille Broudou, il acquiert même, avec son ami albigeois le lieutenant de vaisseau Charles Mengaud de la Haye (ou Hague), un domaine en plein centre de l’île, à Eau Coulée.

Lapérouse reste cinq années basé sur cette île et améliore durant cette période ses compétences marines et ses connaissances de l'Océan Indien du fait de multiples déplacements. En effet, depuis l’Île de France, Lapérouse réalise des expéditions notamment aux Seychelles et en Inde, dont il longe la côte jusqu'à Calcutta.

Durant cette période, Lapérouse mène également différents combats, notamment pour protéger le comptoir de Mahé (Inde) qui est alors disputé par les Britanniques. Il réussit à repousser des milliers d’indiens et finalement un armistice est signé ; Lapérouse a sauvé Mahé.

À son retour en métropole en 1777, Lapérouse est nommé lieutenant de vaisseau et fait Chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis pour avoir défendu le comptoir de Mahé.
Il publie également un mémoire intitulé « Projets sur l’Inde » dans lequel il détaille sa vision de la stratégie à mener dans ces territoires ultramarins. Ses idées seront en partie reprises par le vice-amiral Pierre André de Suffren (1729 - 1788) lors de sa glorieuse campagne dans l’Océan Indien quelques années plus tard (1781 - 1784).

Deux monuments installés à Curepipe, commune du centre de l’Île Maurice intégrant Eau Coulée, rappellent la vie de Lapérouse sur cette île. 

Copie du document donnant le grade de lieutenant de vaisseau à Lapérouse en 1777. 1777. Louis de Bourbon, Amiral de France. Coll