Une donation hors du commun

Le 31 juillet 1922 est signé l’acte de donation Toulouse-Lautrec à la Ville d’Albi par la Comtesse Adèle de Toulouse-Lautrec, mère du peintre, Maurice Joyant et Gabriel Tapié de Céleyran. Qui étaient-ils et surtout pourquoi ont-ils donné ?
Le musée, une donation hors du commun

Les donateurs

La comtesse Adèle de Toulouse-Lautrec (née Tapié de Céleyran), mère d’Henri.

D’elle, il a peint quelques portraits la représentant dont celui, emblématique, réalisé dans le salon du château de Malromé en Gironde.

En 1922, à l’ouverture des galeries Toulouse-Lautrec, elle est veuve et a perdu ses deux fils. Son mari est décédé en 1913, quelques années après Henri (1901). Richard, le cadet, né en 1867, est mort prématurément, à l’âge d’un an. Signalons au passage que les héritiers d’Alphonse de Toulouse-Lautrec ne cédèrent leurs droits de succession à Adèle que dans les années vingt.

Maurice, l’ami fidèle

Il y a ensuite Maurice Joyant, l’ami fidèle d’Henri de Toulouse-Lautrec et galeriste.

Ils se connaissent depuis le lycée. En 1890, Maurice découvre le travail du jeune peintre et décide de le soutenir. Il organise des expositions de ses oeuvres, publie une première lithographie et présente l’artiste aux amateurs d’art et aux personnalités. Même dans les moments difficiles, notamment lorsque son ami, à la fin de sa vie, est interné pour une cure de désintoxication, Maurice est à ses côtés et lui apporte assistance tout en essayant de l’accompagner dans son travail.

La mort, en 1901, de Toulouse-Lautrec, ne signe pas la fin de son combat. Bien au contraire, Maurice continue d’organiser des expositions et commence à s’approcher de certains musées susceptibles d’accueillir l’oeuvre du peintre.

Exécuteur testamentaire, à la demande des parents de Toulouse-  Lautrec, Maurice Joyant propose des oeuvres de l’artiste aux musées nationaux. Il s’agissait ici du contenu de son atelier, soit quelque trois cents tableaux, esquisses et lithographies.

Gabriel, le cousin généreux

Il y a enfin Gabriel Tapié de Céleyran, cousin germain d’Henri. Étudiant en médecine quand Toulouse-Lautrec est à Paris, il le prend sous son aile et l’introduit notamment dans l’univers médical qui sera source d’inspiration pour certains tableaux. Il va jouer un rôle non négligeable dans la cession des droits de succession de sa famille au profit de la comtesse Adèle Tapié de Céleyran. Il faudra néanmoins plusieurs années et de nombreuses démarches et négociations menées par Gabriel Tapié de Céleyran pour aboutir à la donation à la Ville d’Albi.

Création de la Société des amis du musée

Devant le refus des musées parisiens de recevoir la donation, Adèle et Gabriel Tapié de Céleyran, ainsi que Maurice Joyant s’adressent en effet au maire d’Albi, Édouard Andrieu, par une lettre adressée le 1er novembre 1919. La Ville accepte le don et s’engage à accueillir les oeuvres dans son musée installé depuis peu au Palais de la Berbie. C’est à Maurice Joyant que revint, quelques années plus tard, le transfert des oeuvres vers Albi et leur accrochage. Ce dernier apporte au don de la comtesse trois de ses tableaux ; Tapié de Céleyran donne, pour sa part, son portrait réalisé en 1894. Peu après l’ouverture des galeries consacrées à Toulouse-Lautrec, Maurice Joyant crée la Société des amis du musée Toulouse-Lautre, puis publie une biographie du peintre et un premier catalogue de l’oeuvre de son ami. Tout est alors réuni pour assurer la postérité de l’oeuvre du peintre albigeois en France et dans le monde.

Les oeuvres dont a hérité le musée en 1922

C’est l’acte de donation en date du 31 juillet 1922 signé par les trois donateurs et la Ville d’Albi qui donne à voir en détail le contenu de la collection remise au musée albigeois.

L’essentiel provient « du surplus de la collection » de l’atelier comprenant peintures, dessins et estampes lithographiques. La liste offre un panorama de ce qui était exposé dans les trois galeries du musée qui lui étaient alors dédiées : il y a celle où se trouvait avant la bibliothèque municipale, la rotonde qui y donne accès et la galerie dite d’Amboise.

Une promenade au musée permet toujours de voir un certain nombre d’oeuvres de la donation, que l’on peut repérer en lisant l’intitulé des cartels.

Si les pièces les plus célèbres sont visibles et en bonne place, les réserves du musée conservent quelques trésors retraçant le parcours d’Henri de Toulouse-Lautrec. On trouve ainsi, par exemple, au coeur de la donation d’origine deux devoirs d’écolier illustrés de 1878, une étude pour le Figaro illustré représentant une marchande de fleurs, une vue d'Arcachon prise de l'avant du yacht Cocorico réalisée en 1889, une étude de figurants dans une revue des Folies Bergères en 1896 ou encore un croquis au crayon noir de 1895 d’un perroquet perché, dessin que Lautrec considérait d’ailleurs comme rare. Sur la liste, défile une palette de personnages qu’a croqués le peintre : Mademoiselle Pois-Vert, Nicole, le vieux cheval,...

Très rapidement, Charles Bellet, conseiller municipal au début du XXe siècle et chargé d’installer le musée au coeur du palais de la Berbie, va participer activement à l’enrichissement des collections grâce à de nouveaux donateurs parmi lesquels le colonel Henri Wurtz.

Dans les années qui suivront, d’autres acquisitions seront effectuées par le musée, mais aussi la Société des amis du musée. Ils viendront compléter la donation Toulouse-Lautrec par des oeuvres de l’artiste mais aussi de ses contemporains. Si le musée Toulouse-Lautrec contient la plus grande collection d’oeuvres de l’artiste albigeois, beaucoup de ses tableaux sont aujourd’hui présents dans des collections privées ou publiques, en France, bien sûr, mais plus largement en Europe et aux États-Unis.

La cote de l’artiste ne permet plus d’acquérir facilement de nouveaux tableaux, mais le prêt de musées donne l'occasion, lors d’expositions temporaires à Albi ou ailleurs, de découvrir l’étendue du travail de Lautrec.

Les oeuvres de la donation de 1922

Don de la comtesse Adèle de Toulouse-Lautrec, de la famille Tapié de Céleyran et de Maurice Joyant.
• 20 affiches dont : Moulin-Rouge-La Goulue, 1891 ; Ambassadeurs - Aristide Bruant, 1892
• 70 lithographies dont : L’Anglais au Moulin-Rouge, 1891 Beaucoup d’oeuvres sur le théâtre, portraits d’acteurs et d’actrices
• 65 dessins environ Les plus célèbres : Chocolat dansant, 1896 ; Les grands concerts de l’opéra, 1896 Beaucoup d’études, de croquis et de  dessins préparatoires à des illustrations de journaux.
• 150 peintures environ dont : . Le salon de la rue des Moulins, 1894 (huile sur toile et pastel) ; Portrait de Gabriel Tapié de Céleyran, 1894 (huile sur toile) ; trois portraits de la comtesse Adèle de Toulouse-Lautrec ; Femme qui tire son bas, 1894Portrait de Maurice Joyant, 1900 (huile sur bois) ; Madame Pascal au piano, 1895 (huile sur carton) ;
La Modiste, 1900 (huile sur bois) ;
• Une vingtaine d’oeuvres sur les maisons closes (huiles sur carton).

 

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